25 janeiro

LA VIOLENCE REPENSÉE PAR LA DANSE

Les motivations relatives au retour sur la scène internationnale de Paulo E. Azevedo : Une histoire à défendre et une nouvelle recherche.

Le chorégraphe brésilien Paulo E. Azevedo, connu pour avoir crée et dirigé la compagnie Membros dont les pièces ont tourné à travers le monde, revient aujourd’hui sur la scène internationale avec sa nouvelle compagnie Gente. Il y poursuit sa recherche antérieure sur le thème de la violence que l’on peut déjà découvrir dans deux solos et bientôt dans MODIO, sa prochaine pièce pour sept danseurs.

Par Leila Lemonies
Trad. Deva Macazaga

 

performance

Paulo Azevedo – photo Walter Mesquita

 

.Quelles sont vos références chorégraphiques et artistiques?

Je trouve la question joliement tournée, car vous avez fait le choix d’utiliser le mot « référence » plutôt que « modèle ». Cependant, il est important d’aller un peu plus loin que ce « cliché » des réfèrences chorégraphiques qui sont biensûr, par là même, artistiques.

Ce que je veux dire, si l’on parle spécifiquement du sujet de la danse, c’est que je n’arrive pas à séparer la danse de sa présence au monde en tant que mouvement. Et si je parle de mouvement, je peux affirmer que la manière dont le feuilles se balançent attirent mon attention. (A noter que leur mouvement au niveau de chaque arbre, dépend de l’intensité du vent, de la taille et du poids des feuilles, de l’orientation de l’arbre…bref c’est au travers de tant de variations qu’elles se mettent en mouvement de façon distinctes). Ainsi, il m’arrive d’observer comment les gens marchent, courent, sentent, s’allongent, respirent ou s’asphixient et toutes ces actions sont diverses et multiples par le fait que chaque personne est différente. Tout comme la férocité d’un animal affamé cherchant sa nourriture pour la donner à ses petits, ou encore la disposition esthétique et simple d’un vase dans un coin d’une pièce de la maison peuvent attirer mon regard ; assister à un spectacle de danse va evidemment me donner d’autres réfèrences et va m’éclairer pour mieux préciser ce que je veux ou ne veux pas faire, étant donné le travail que je mène.

Pour approfondir, je dirai que c’est la construction du regard, le degré de perception qui importe ;bien plus que mon savoir­faire artistique. Cet apprentissage et cette évolution du regard st l’élèment qui va sublimer la politique du processus créatif. Tout peut m’influencer, d’une façon ou d’une autre, mais le filtre que j’applique sur toutes ces références est ce qui va déterminer dans chaque création, ce que je souhaite rendre public.

Je lis et j’écris beaucoup, je regarde des films et me rends à des expositions régulièrement, j’écoute de la musique aux tendances diverses, j’observe le corps et tout ce que je vous ai cité, mais il
m’arrive aussi de rester en silence, les yeux fermés. Soudain quelque chose me réveille et je m’y lance.

c2h fr 15

Jean Clei (“Do it!”)- photo Festival C2H/St. Nazaire (France)

 

.Vous avez longtemps travaillé sur le thème de la violence avec la Cie «Membros» et maintenant vous recommencez avec la Cie «Gente»; quelles sont les différences entre ces deux recherches et pouvez-vous nous parler un peu au sujet de chaque compagnie?

Cette question, à moins d’avoir plus de temps pour y répondre, me paraît plus objective. Premièrement, il est important de situer que ces deux processus, « Membros » et « Gente » doivent être apréhendés comme des formes ambivalentes. En effet, les modes de recherche, d’organisation structurelles se ressemblent, mais le fonctionnement de chacun est bien distinct. « Membros » dont le cycle s’est terminé en décembre 2011 était une compagnie formée par nous. « Gente » dont le cycle a démarré en août 2012 est une compagnie de gens qui utilisent la danse (et d’autres formes de manifestations) comme espace de création. Il n’est pas question d’histoires vécues plus ou moins intéressantes, mais de reconnaître en elles, des possibilités qui se réactualisent et se redéfinissent dans le temps et l’espace afin de créer d’autres espaces­temps.

Ce n’est pas que l’on se réfère spécifiquement au thème de la violence, dans la Cie « Membros », la recherche a donné naissance à quatre œuvres : la trilogie « Raio­X » (2002), « Febre » (2007) et «Medo» (2009) ­ qui furent données à voir dans des espaces formels (théâtres) – et « Meio­fio » (2003) qui fut crée spécialement pour des espaces traditionnels, à savoir, la rue. Ces pièces sont signées par les deux créateurs dont Tais Viera. Dans chacune d’elles, le thème a été creusé de moitié par les circonstances ou la réalité pré­ existante (genre, inégalités, drogue, sexualité, misère…). Le défi consistait à rechercher une lecture différenciée sur la banalisation de ces questions. Le plus souvent, nous avons réalisé ce défi qui été vécu comme un succès pour la compagnie et qui a laissé des traces, desouvenirs qui restent tatoués à vie. Toutefois, ce qu’il est important de faire ressortir, c’est que la recherche vient plus de l’environnement (sur le thème de la violence) que du mouvement lui même.

La dramaturgie a été ainsi lapidée pour faire apparaître le mouvement qui en est la substance. Entre tous ces mouvements réalisés, ceux qui captèrent l’attention et qui fesaient partie du vocabulaire de « Membros » furent les chutes. Les chocs des danseurs sur le sol, sur les murs et entre eux génèraient une certaine perplexité affective sur le public. La Cie « Membros » a ému le monde et a fait naître des actions qui s’inspirent et se reconnaissent en elle.

Reconduire le thème de la violence après tous ces actes, revêts un double défi. Tout d’abord, dans le fait de réaliser une lecture (originale, ce qui ne veut pas dire inédite), dont le résultat est une portée qui se rapproche du processus antérieur développé dans « Membros », mais cette fois à peine signée par moi. Et puis, dans le fait de défier sa propre référence, à savoir questionner cette grille de lecture de la violence, diagnostiquée par la Cie « Membros ». C’est pourquoi, la dramaturgie en train de s’écrire (« s’écrivant en ») fait alors partie intégrante du mouvement (et non de l’environnement), pour rencontrer le débat politique à l’intérieur du corps dansant. La question qui se pose maintenant est : « De quel mouvement s’agit­il ? » Je ne souhaite pas gâcher la surprise de celui qui sera présent sur cette nouvelle œuvre : « MOdio » mais je donne une piste à suivre pour activer la découverte :« Quel est le mouvement qui précède la chute ?»

C’est pourquoi, j’affirme que ces collectifs poursuivent la conversation. La fin de la Cie « Membros » ne marque le terme de son histoire, bien au contraire, c’est le commencement d’une foule de questionnements qui suscitent une ouverture sur une multitude de possibles en matière de recherche et d’espaces voués à la formation. C’est à dire, que j’espère que ce travail serve de réfèrence ( et j’utilise bien le terme « réfèrence »une fois de plus) à d’autres.

Mais il est important que celui qui désire traiter de tel ou tel sujet inhérent à l’expérience « Membros », ait bien conscience, qu’il doit avoir recourt en premier lieu à ses créateurs, (dans ce cas, à Tais ou moi même), et aussi aux membres qui ont complété le cycle entre 1999 jusque 2011, comme Filipe Itagiba et Joao Carlos Silva. La plupart des membres n’ont pas fait tout le cycle, de ce fait il leur manque de nombreuses références ; certains ont commencé dès le début, d’autres ont arrêté avant la fin, et d’autres encore sont entré au milieu et sont allé jusqu’au bout. Certains comme Mirila Greicy et Amilton Vilarindo, malgrès le fait qu’il n’aient pas réalisé le cycle en entier, ils y ont cependant beaucoup contribué au développement.De toute façon, il faut discuter, se connaître, et c’est toujours un plaisir de collaborer.

 


(c) Filipe Itagiba (3)

Amanda Gouveia (processus creatif “mÒDIO”) – photo Filipe Itagiba

.Que pouvez-vous nous dire sur vos autres créations et principalement sur «Modio»?

On dirait que finalement, vous vous décidez à m’accorder un temps pour respirer après ces deux questIons hardues. Comprenez-moi, après la fin du cycle, j’ai senti comme une nécessité d’explorer d’autres territoires loin de Macaé, ville située au nord de Rio où toute l’expérience de la Cie« Membros » s’est développée. Ensuite j’ai continué, pour permettre à ceux qui le voulaient de poursuivre leur carrière et pour rendre possible la participation de tant d’autres artistes qui voulaient être sensibilisés au travail que je propose. Les quatres oeuvres que je vais décrire de façon succintes, ont été réalisées selon ces paramètres, dans le cadre de la Cie « Gente ».

Dans le cas de « Tetralogia Cidade », j’ai parcouru plus de 5 villes loin de Macaé, dans le but de rencontrer d’autres artistes :Rio das Ostras, Cabo Frio, São Gonçalo, Niterói et Rio de Janeiro (capitale).Comme j’étais fatigué de travailler en studio, et que je n’étais pas spécialement dans un « appétit physique », j’ai décidé de retourner vers la rue pour chercher et explorer. Dans les auditions réalisées sur place, plus de 2000 personnes étaient présentes, plus de 200 participèrent au processus de sélection, qui étaient, à vrai dire, plus des workshops que des test d’évaluation. Douzes artistes ont été invités au processus de création. La Tetralogie est composée de quatre éléments qui fonctionnent ensembles ou séparément: « Métafora do confronto »(2011), la première d’entre elles crée la transition entre « Membros » et «Gente», « Quase uma lagrima » (2012), « Se qures ser universal começa por dançar sua aldeia » (2013) et « Carne e pedra » (2013). Ce qui m’a surpris au début, c’est de trouver une unité symbolique. Avec « Membros », la tétralogie (trilogie + « Meio fio »), cette unité était comme un mur qui solidarisait toutes les oeuvres. Dans la tétralogie de la Cie « Gente », la perception d’une telle unité est plus palpable que jamais : comme un ruban découpant l’espace et traversant les corps pour donner du sens à chacunes de ses parties. La « Tétralogia Cidade » a été présentée lors d’évènements comme « Modos de existir » (SESC Santo Amaro, São Paulo/SP, 2015) et « Breu » (SESC Rio Preto, São José do Rio Preto/SP, 2015).

Quand à «Elementos disponíveis para outras composições», la proposition est née d’une publication sur la compagnie D.I, l’autre compagnie que j’ai fondé en 1999 et qui comme «Membros» a atteint la fin de son cycle en 2011. Jai invité quelques artistes qui fesaient partie du processus antérieur, et on a eu l’idée de s’ouvrir et d’élargir le potentiel de participants de villes différentes. En utilisant les trois oeuvres de la Cie «D .I.» et en augmentant le nombres de possibilités, «Elementos disponíveis » permet aussi de détourner des élèments scéniques (skate, balle, pneu, fauteuil roulant) pour les doter d’une fonction esthétique afin de changer sa représentation politique, en le plaçant face à leurs interlocuteurs, c’est à dire, les danseurs. Cette oeuvre a été analysée dans ma thèse de Doctorat et j’ai beaucoup d’attachement pour tout le processus de la gênese.

En relation avec «Menu de danças n° 1», son format correspond à un travail sur le solo ou le duo. L’idée de « menu » est de laisser choisir les solos et les duos qui doivent composer la programmation de de la Cie . Actuellement, deux solos sont interprétés par le même danseur, Jean Clei, un artiste qui utilise le break dans ses performances. Il vient de Belém do Pará (région du nord du Brésil) et après une série de rencontres, on a décidé de tester certaines idées. C’est ainsi qu’est né «Do it !» une des pièces de «Menu de danças n°1». J’ai plongé dans l’histoire de la vie de ce jeune mais aussi dans celle de tant de jeunes qui rêvent de vivre de la danse mais qui ne savent pas par quoi commencer pour y arriver. Le résultat fut la création d’un solo qui pénètre dans l’écoute du corps sensible mais à la fois intense et vorace. En même temps que «Do it !» qui compose ce «Menu de danças n° 1» il y a «Carne e Pedra», une des pièces de la «Tetralogia cidade». Dans ce dispositif la rue ou la scène servent de médiateurs pour la danse dans un même corps.

Enfin, «Módio» qui a servi de prétexte à cet enretien, est en train d’être finalisé. Sur scène, septs artistes de qualités extrêmes et plurielles, dont la matrice est le langage maternel : Aloísio Salasar, Amanda Oliveira, Amanda Gouveia, Bruno Duarte, Leonardo Galvão, Pedro Brum e Zulu Gregório. Après une audition de près de quatre-vingts participants, ces septs personnes ont passé des entretiens, ont expérimenté des immersions et maintenant se rencontrent dans le processus de composition. Assisté par Paula Lopes, avec Filipe Itagiba à la direction technique et Karen Kristien, comme chargée de production «Módio» a une équipe qui comprend les diverses et profondes raisons de créer. Je pense qu’il y a toujours beaucoup à écrire sur ces thèmes, il me semble que c’est l’heure d’affirmer, d’un côté l’histoire et de l’autre côté, de braver d’autres continents en se laissant envahir par d’autres sensations et d’autres sentiments. Tout ceci est une expérience qui nous arrive et nous enseigne beaucoup sur nous-même et sur la vie. Il est important de ne pas la réduire à un enchantement passager, à de la vanité inopportune ou à des égos enflammés. Je ne fais pas de la danse pour mon nombril et je reprends la question antérieure sur les deux compagnies. Il est aussi nécessaire que cela transcende les habitudes. Je suis comme un acte politique qui existe.

p

Escrito por admin .
25/janeiro/2016 às 05:01:29

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